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Québec, Canada
En année d'étude en Maîtrise de Journalisme International à l'Université Laval. Et après...

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dimanche 23 mars 2008

PIXAR : Appelez-moi Johnny 5 !

À l'origine du monde, vivait un vieux monsieur facétieux. 
Avec sa fine moustache et l'or qu'il savait faire naître sous sa mine de plomb, en alchimiste malicieux Walt Disney inventa une souris : le dessin animé croquait la pomme...

Bien des années ont passé. Le vieil homme est mort et son royaume a flétrit. Ses contes de fées se sont transformés en comptes en banque. Le talent du créateur n'a plus la force d'antan et les financiers recyclent jusqu'à l'épuisement ces parts de rêves qui éclosent encore timidement çà et là. Le royaume de Disney agonise et perd son âme.

Mais les belles histoires ont toujours une fin heureuse. Alors un jour, une petite équipe a l'idée folle de faire parler les jouets de notre enfance (Bugs Life, Toys Story 1 & 2). Le Monsieur Tomate, le dinosaure et la petite voiture qui sont dans nos greniers s'échappent subitement de leurs cartons. La flèche est mortelle : l'adulte succombe sur le coup. C'est le retour de la magie de notre enfance, du rêve et des idées folles. 

Coup d'essai, coup de semonce. Pixar fourbit ses armes et lâche les chiens. Première salve : les insectes. Et de nouveau les jouets pour asseoir le tir. L'enfant qui sommeille en nous est happé dans l'incroyablement petit. Le revoilà couché dans l'herbe du jardin, faisant tourner un bâton sur lequel court une fourmi. Le soir venu, à quatre pattes, il dit bonne nuit à chacun de ses jouets en espérant que la vie passe vite. Il est bien là, le monde imaginaire de ma jeunesse. 

Deuxième salve : prendre le monde. Ce précipice sans fin que seul enfant funambule peut voir. Celui-là même qui nous faisait mettre un pied devant l'autre le long d'un trottoir dangereusement abrupt en surplomb d'un caniveau sans fin. 
Pixar sait que le nerf de la guerre est psychologique. Il ira là ou sont nos peurs les plus profondes : nos cauchemars d'enfant, et lâche ses monstres (Monstres et Cie). Dans les placards et sous le lit, ils nous traînent dans ce passé vaincu qui ne nous effraie plus. Je me souviens, quand j'étais petit, je regardais les ballons dessinés sur mes rideaux le soir pour m'endormir. Moi, ils ne me faisaient pas peur ces monstres : j'avais trop de jouets dans le placard et un lit d'ami plié qui comblait le vide sous mon matelas. Mais des fois, je me demandais si un petit ne s'était pas glissé dans un recoin. Alors pour ne pas y penser, je m'évadais dans mes rêves et je voyageais. Loin.

Le voyage, le rêve, grandir... Faire comme Papa. Chercher sa famille dans un océan étrange. L'histoire de Nemo, le Pixar suivant, est universelle. C'est la troisième salve. Petit garçon (petite fille) deviendra grand ! On rêve d'une vie de super-héros à la Incredibles en regardant les dessins animés. C'est l'heure de la cour de récré qui nous rend aussi insouciants qu'invincibles. Et quand la cloche sonne, que la maîtresse se remet à parler, on le sait : plus tard on sera pompier, astronaute, James Bond ou Indiana Jones. Ou encore pilote de course pour gagner, toujours sur le fil du rasoir. Cars est un dessin animé avec des voitures qui tournent en rond sur un ovale de Nascar. Qui y aurait cru, à celui-là ? 

Pixar a maintenant bien grandi. Comme Walt, ces gamins créateurs ont compris qu'il ne fallait pas séparer l'enfant de l'adulte. L'un parle à l'autre et l'autre lui répond toujours. Même si parfois la voix est un peu faible. Plus besoin de tirer, le monde est conquis, il ne manquait qu'un couronnement. Voici Ratatouille, le chef d'oeuvre. Digne du maître. C'est l'histoire d'un rat qui se prend pour un chef faisant jongler épices et marmites presque soixante-dix ans après qu'une souris ait fait danser sceaux et balais sous sa baguette de chef d'orchestre (Fantasia). En plus d'être le joli conte du moins que rien qui devient plus grand que les grands, en plus de transporter "petits et grands" dans un déluge d'un réalisme féérique, en plus d'être la plus fine et intelligente critique culinaire qu'il m'ait été donné de voir, Ratatouille se paye le luxe de mettre Holywood à ses pieds : l'oscar est mérité. 

Que reste-t-il alors à aller chercher une fois que le sommet est atteint ? Rien sûrement et c'est peut-être ce qui fait la modestie des grands conquérants (de sommets je parle). Pixar est grand maintenant. La petite entreprise appartient officiellement à une beaucoup plus grosse : Disney. Mais ce n'est pas le plus important. Et après tout, n'est-ce pas là une juste filiation pour celle qui a su faire renaître l'esprit du grand dessin animé en délaissant les grosses ficelles pour les petites astuces ? Les Pixar sont bien les dignes enfants des vieux Disney et comme eux, chaque long-métrage et précédé d'un plus court, tradition que les financiers avaient délaissée depuis belle lurette.

Alors fort de ces succès, Pixar ne s'oublie pas. Bien au contraire ! Et Wall-E, le dernier né, est pour bientôt :



Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'ai un vague air de déjà-vu dans cette bande-annonce... Je ne parle pas des deux héros de Toys Story mais de la curiosité de Wall-E et de sont petit compagnon à six pattes, le cafard. 
Vous ne lui trouvez pas un vague air de Gemini Cricket ?

PS: Johnny 5 est un autre robot de mon enfance et un super film.

3 commentaires:

Raph a dit…

Johnny 5! Short circuit! Toute mon enfance!

Pôpa a dit…

Beau texte : bravo !
C'est amusant de voir à quel point, en une génération, les films d'animation (on disait les dessins animés) ont pu évoluer. Mais les ressorts peu ou prou fonctionnent de la même manière, même s'ils ne sont plus les mêmes.
Wall-E, il me fait plutôt penser à E.T., non ?

Pôpa a dit…

A la relecture, j'avais oublié à quel point Johnny 5 vous avait marqué, et le nombre de fois où on a pu voir ce merveilleux film tous ensemble. Jamais vous ne vous lassiez. Le bonheur...